Trop chaud pour pratiquer ?
- Hélène Cabinet Soham
- 12 juin
- 3 min de lecture

Ce que Monique (et votre corps) essaie de vous dire
35 degrés. Le tapis est là. La bonne volonté aussi.
Mais le corps, lui, a déjà rendu son tablier. Monique connaît ce moment. Et franchement, elle n'est pas la seule.
Cette question revient chaque été dans nos échanges : doit-on pratiquer par forte chaleur, ou simplement s'accorder la permission de faire autrement ?
1. Ce que la chaleur fait vraiment à votre corps
Par forte chaleur, l'organisme n'est pas en pause. Il travaille activement pour réguler sa température : dilatation des vaisseaux sanguins, transpiration, redistribution du flux sanguin vers la peau. En clair, votre corps est déjà à la tâche, bien avant que vous dérouliez le tapis.
Résultat : fatigue précoce, tête lourde, vertiges possibles. Ces signaux ne sont pas de la paresse. Ce sont des messages de régulation. Les ignorer, c'est risquer un effort contre-productif, voire dangereux.
Honorer ses limites, c'est aussi le yoga.
L'Ayurveda le formulait bien avant la physiologie moderne : l'été (saison Pitta) n'est pas une saison pour ajouter du feu au feu.
2. Sitali : utile, mais soyons honnêtes
On vous en a peut-être déjà parlé, ce pranayama aux vertus rafraîchissantes que l'on pratique langue enroulée, ou bout de la langue contre les dents pour celles qui ne parviennent pas à rouler la langue. Sitali mérite sa réputation et peut vraiment vous aider quand il vous convient.
Mais par 35 degrés, deux souffles ne suffisent pas toujours. C'est un outil, pas une solution magique.
Comment pratiquer Sitali :
1. Asseyez-vous confortablement, dos droit.
2. Enroulez la langue en tube, ou placez la pointe contre les dents du haut.
3. Inspirez lentement par la bouche en sentant l'air frais sur la langue.
4. Fermez la bouche, expirez doucement par le nez.
5. Répétez 5 à 10 cycles, de préférence à l'ombre le matin.
Si vous ne parvenez pas à enrouler la langue, pratiquez Sitkari : même technique, langue à plat entre les dents légèrement écartées.
3. Viparita Karani : la posture qu'on sous-estime
Si une seule posture devait traverser l'été, ce serait celle-là. Allongée sur le dos, jambes posées contre un mur, bras au sol de chaque côté du corps. C'est tout. Et pourtant.
5 à 10 minutes suffisent pour ressentir les effets : les jambes se déchargent, le retour veineux est soutenu, le mental ralentit, la chaleur s'apaise. La posture la plus simple. La plus précieuse.
Pourquoi ça fonctionne :
• Retour veineux facilité : le sang des jambes remonte vers le cœur par gravité.
• Réduction de la charge cardiaque : le cœur travaille moins pour circuler.
• Activation du système parasympathique : repos, digestion, récupération.
• Diminution de la sensation de chaleur dans les membres inférieurs.
Pas besoin d'un cours complet. Pas besoin de transpirer pour mériter la récupération. Posez vos jambes au mur, et laissez faire.
4. Adapter sa pratique l'été : ce n'est pas renoncer
Cet été, on pratique autrement. Plus doux, plus lent, plus frais. Ce que cela veut dire concrètement :
• Horaires décalés : tôt le matin avant 9h, ou en soirée après le coucher du soleil.
• Pranayama doux : Sitali, Nadi Shodhana (alternée), expirations longues.
• Yin Yoga : postures tenues au sol, muscles relâchés, tissu conjonctif hydraté.
• Postures horizontales : Savasana, Supta Baddha Konasana, Viparita Karani.
• Moins d'intensité cardio-vasculaire, plus de présence et d'écoute.
L'Ayurveda conseille en saison Pitta de favoriser ce qui est frais, doux, et humide, aussi bien dans l'alimentation que dans la pratique corporelle. Pas d'effort intense en pleine chaleur, pas de pranayama très stimulant comme Kapalabhati ou Bhastrika les jours de forte chaleur.
Certains jours, on a le droit de juste poser ses jambes au mur.
En résumé
La pratique estivale n'est pas une pratique diminuée. C'est une pratique adaptée.
Et s'adapter, c'est déjà faire preuve d'une intelligence du corps que le yoga cherche précisément à cultiver.
Monique l'a compris. Même par 35 degrés, il y a quelque chose à faire. Juste pas ce qu'on croyait.


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